Après le rapport parlementaire, c’est au tour de l’industrie pharmaceutique de commanditer une nouvelle étude sur les prix des médicaments. Celle-ci a été réalisée par le consultant Abdel Majid Belaïche. L’étude a été menée sur une période de 10 ans (1999-2009) portant sur un échantillon de 9 classes. Ceux-ci représentent 84,4% en volume et en valeur du marché pharmaceutique marocain. «Cette étude ne cherche pas à réfuter les conclusions du rapport parlementaire, mais à faire la part des choses», selon Belaïche. Deux aspects ont été analysés dans cette étude, à savoir les prix et les consommations correspondantes. L’objectif étant de rechercher une corrélation entre les baisses induites par les génériques et les augmentation des volumes de consommation, reflet d’un meilleur accès aux médicaments pour la population. Les résultats préliminaires montrent des tendances générales à la baisse aussi bien sur les «moyennes arithmétiques que sur les moyennes pondérées des prix». En 2009, le patient marocain disposait d’un arsenal médicamenteux beaucoup plus riche et plus diversifié qu’en 1999 avec une offre de prix pour les principales molécules actives d’un princeps et de nombreux génériques. Les prix sont certes très variables d’un produit à l’autre. Ceci est la conséquence logique d’un système de fixation de prix qui accorde au 1er générique introduit un prix inférieur de 30% par rapport au princeps puis pour chacun des génériques suivants un prix inférieur de 5% par rapport au générique qui l’a précédé. Le rapport de la commission parlementaire a bien constaté les écarts de prix parfois importants entre médicaments similaires sans en saisir la dynamique et la logique historique. «Cette diversité n’est pas un problème. Bien au contraire, elle est louable car elle a induit une dynamique concurrentielle qui a eu pour conséquence d’encourager une demande de baisse de prix par certains laboratoires détenteurs de spécialités princeps», note l’expert. Concernant les médicaments princeps, ils ont connu des baisses de prix sur la période étudiée. Il y a eu quelques augmentations (aux alentours de 5%) dans des cas rares, alors que pour la majorité, les prix n’ont pas bougé. «C’est là un élément largement positif puisque, sur la même période, l’inflation des indices des prix à la consommation au Maroc est largement supérieure», indique Belaïche. Malgré tout cela, les méthodes de fixation de prix par le ministère de la Santé sont devenues dépassées. «Même les industriels reconnaissent que le système doit être revu», en particulier depuis l’entrée en vigueur de l’AMO. «La nécessité d’assurer la viabilité et la pérennité de ce système d’assurance maladie imposera certainement des réajustements progressifs des prix surtout quand il s’agira d’élargir la couverture», a fait remarquer le consultant. Mais seules des simulations pharmaco-économiques permettront d’évaluer les impacts de ces baisses, d’une part, sur les patients (bénéfices en termes d’accès aux médicaments) et, d’autre part, sur le secteur de la pharmacie (impact économique, financier et industriel). Selon Belaïche, il y a 3 freins principaux au développement des génériques. Le premier au niveau des prescripteurs qui, victimes de préjugés négatifs, hésitent encore, voire résistent à recommander des génériques. Ces médecins ont besoin d’êtres rassurés sur la qualité de ces médicaments. Il est impératif que le ministère mette en place une communication ciblée et adaptée pour expliquer que le générique tout comme le princeps subissent les mêmes contrôles et offrent la même qualité. Le 2e frein est lié à la délivrance du générique au niveau de la pharmacie. Le système actuel de marge fixe (30%) et l’absence d’un droit à la substitution pour les pharmaciens ne peuvent que freiner le développement des génériques. Enfin, le 3e frein est représenté par le remboursement des médicaments par l’AMO qui continue à se faire, non pas sur la base du médicament générique, mais sur celui du prix réel aussi élevé soit-il. «Il faut se garder d’opposer les génériques aux princeps. Nous avons besoin des uns comme des autres. Autant de produits générateurs d’économies substantielles devenus aujourd’hui incontournables que de produits innovants pour pouvoir faire évoluer notre arsenal thérapeutique et bénéficier des derniers progrès de la médecine», conclut Belaïche. |